Les oiseaux se cachent…

… pour mourir… et apparemment les chiens aussi…

Petit billet hommage parce qu’il l’a quand même bien mérité.

Uthao a déboulé dans ma vie en 2003, je suis en plein dans mes études. En ville… J’ai du mal avec la ville, ma campagne me manque, les balades dans les bois, l’affection de ma toutoune. On a toujours eu des chiens à la maison, des chiens de chasse mais aussi d’autres chiens, quels compagnons ça fait ! J’ai grandi avec Ulysse, Jack, Guiness… et Punkie. Toujours une truffe pour te réconforter. Donc à Lyon je me sens tellement seule dans mon appart, au milieu de tous ces gens dans l’immeuble, dans la ville, dans le métro.

Alors quand on me propose cette boule de poils, bien sûr que j’ai accepté. Un caniche. Sérieux Drine, un caniche, toi qui rêve de husky, de malamute, de chien loup tchèque. Sauf que voilà, à Lyon, on le rend malheureux le husky, enfin c’est mon avis perso. Surtout que mes études me prennent un temps fou. Donc te voilà, tu es juste parfait. Petit, gentil, joueur, et tellement affectueux. Très vite propre, tu es le seul chiot que je connais qui ne fait pas de bêtise. Sans déconner, jamais. Un jour tu as renversé la poubelle et je pense que ça t’a fait tellement peur que tu n’as même pas éparpillé les papiers ! Tu n’as jamais rongé un meuble ou une chaussure. Bref, Lyon d’abord, puis j’ai eu mon diplôme, donc on s’est installés, en couple, un peu plus à la campagne, pendant 2 ans, mais pas encore assez. Donc on est venus dans ce village perdu dans les montagnes foréziennes en 2006, et bien sûr que tu as suivi. Tu as vu naître ma fille en 2008, tu as eu une patience d’ange avec elle, toujours prêt à jouer, jamais tu ne lui as montré les crocs ou grogné.

En 2010, un petit compagnon est venu te rejoindre, un chat. Ta réaction fut juste hilarante. Après avoir passé facile 4 jours à l’ignorer royalement, un jour alors qu’il était recouvert de pâtée jusque derrière les oreilles, ta gourmandise a pris le dessus, tu as léché cette chose qui venait sur ton territoire, et lui qu’on avait récupéré dans la rue, il n’attendait que ça, et c’est devenu ton meilleur ami.

Je t’ai même vu le défendre face au terreneuve du voisin, qui a fait demi tour devant tant d’opiniâtreté !

Enfin, tu as vu naître mes deux autres enfants, toujours là ! Toujours prêt à aller chercher ce qu’on te lance, c’est même un peu ton obsession, la balle la balle la balle !! On a fait des tonnes de balades. Bon, tu as bien ce souci de dos qui t’embête un peu mais en général ça ne t’empêche pas de courir et sauter partout.

Tu m’as surprise de nombreuses fois, comme ce jour où j’écoutais un enregistrement de hurlements de loups et que tu t’es mis à hurler avec eux, une voix rauque, que je ne te connaissais pas. Surprenant pour un caniche…

« Il est très attaché à vous »

C’est la réaction du véto un jour où tu cachais ta tête sous mon bras pendant qu’elle t’examinais. Je l’ai regardée avec de grands yeux. Bien sûr, et moi aussi ! Ça me paraissait tellement normal que je ne comprenais même pas qu’on me fasse la remarque. Je pense qu’elle m’aurait dit « la pluie ça mouille » je l’aurais regardé avec les mêmes yeux éberlués !

Et puis, il y a deux ans, peu après tes 15 ans en fait, je t’ai vu « décompenser » comme on dit en langage médical. Ton dos est d’abord redevenu un vrai souci. « Il a mal votre chien, il dit rien, ne se plaint pas mais il souffre » ça m’a brisé le coeur. Tu es en bonne santé avec un coeur très fort et tes reins fonctionnent bien, donc on est partis sur anti-inflammatoires 10 jours par mois. Tiens, j’y repense, ce jour là, il m’a dit autre chose le véto, devant mes caresses et ma façon de m’occuper de toi : quand il va partir ça va être dur pour vous, il faut vous préparer. Je confirme. Bref. Tu as repris de l’appétit et recommencé à jouer, enfin, un peu parce tes yeux fonctionnent mal donc tu ne vois plus quand on t’envoie la balle… Puis tes reins ont lâché, le traitement, l’âge, tout ça… Mon indicateur quand tu vas mal ? le chat qui ne te dérange plus. Lui qui n’hésitait pas à te virer de ton propre panier, il ne le fait plus et se couche à côté. Le vétérinaire m’a expliqué qu’il y a une sorte de respect des anciens chez les animaux…C’est devenu un peu compliqué parce que tu fais pipi là où tu te trouves, alors si on ne te fait pas sortir sans que tu réclames, hop les pieds dedans. Mais les enfants sont habitués à guetter les flaques. « mamaaaaan pipiiiii » c’était quasiment les premiers mots du petit dernier !

Je m’étais toujours jurée d’être là jusqu’au bout, si jamais on devait te faire la piqûre, je serais là, tu partirais dans mes bras. Tu en as décidé autrement. Enfin, c’est ce que je me dis parce que j’ai encore pas bien compris. Ce matin là, tu es sorti faire tes besoins, en général, tu fais le tour de la cour, ton périmètre de marche est très réduit, et quelques minutes plus tard un de nous te fait rentrer quand tu viens couiner derrière la porte. Mais ce jour là tu n’es pas venu derrière la porte. Tu as juste disparu. J’ai cherché dans tous les fossés, tous les prés, fouillé tous les buissons, partout, j’ai demandé à tous les voisins, rien. J’ai imaginé les pires scénarios, je t’ai imaginé pleurer dans un buisson de ronces quand la nuit est tombée. Mais tu n’étais nulle part.

Alors on m’a raconté un truc, que je ne savais pas. Il y a des chiens qui partent quand ils sentent que c’est la fin, mourir plus loin, loin de leur maître et des endroits où ils se sentent bien. Pourquoi je ne sais pas mais j’ai eu des tas de témoignages de ce genre. Alors je me persuade que c’est ce qui s’est passé, parce que je veux pas imaginer autre chose, qu’une voiture t’ai tapé, juste devant ma porte vu que le plus loin que tu allais c’était à 5m, et qu’on t’ai emmené pour te jeter plus loin. J’ai appelé les vétos, ils ne t’ont pas vu. Tu étais tatoué mais au bout de 17 ans, le tatouage était à peine lisible. Donc je vais me persuader de ça, que tu as voulu partir et que tu es allé au bout de tes petites forces, pour pas que les enfants tombent sur toi sans vie… Mais c’est dur de pas avoir pu t’enterrer dans le jardin. Je m’attendais à ton départ, à 17 ans je le savais bien, mais pas comme ça.

Enfin, même si tu étais devenu très discret parce que tu passais tes journées à dormir, tu me manques. Et à tout le monde ici. Le petit m’a disputée lorsqu’il a vu que j’avais rangé ton panier « et i va dormir où Thao ?! » Je lui ai juste dit que tu étais parti…

Je finis ce billet avec cette chanson de mon enfance, un des plus beaux hommages rendus à un chien que j’ai jamais écouté. Adieu ma boule de poils.

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